Réforme de la PAC, zones vulnérables, revenu agricole, hausse des charges
et défense de l’agriculture et des agriculteurs figurent parmi les
préoccupations du nouveau président de la FDSEA 62.
« Avoir des
marges de manœuvre suffisantes pour faire son métier »
Président de la
FDSEA du Pas-de-Calais depuis le 4 août dernier, Christian Durlin fait le tour des
questions qui font ou feront l’actualité des prochains mois.
La réforme de la PAC fait
l’objet de nombreux débats, notamment sur l’attribution des aides. Comment
abordez-vous cette question ?
Nous devons être
vigilants pour ne pas nous faire déshabiller avec le découplage total des aides
et la prime unique. Le niveau des DPU dont nous bénéficions est plus élevé que
dans certaines autres régions, mais il se justifie par le fait que nous avons
des charges structurelles plus importantes. Dans tous les cas, nous sommes
opposés à un nivellement national des DPU qui se ferait forcément par le
bas. Et nous demandons à ce qu’il y ait une régionalisation de ces DPU en
fonction des spécificités de nos productions. Ensuite, en ce qui concerne la
production laitière, nous allons devoir réfléchir sur le maintien d’une prime
vache allaitante couplée ou d’une prime à l’herbe.
Concernant la protection des
zones vulnérables, l’administration préconise de nouvelles règles. Et notamment
la création de servitude. Quelles en seraient les conséquences ?
Il s’agit d’une
directive nationale qui, une fois encore, ne prend pas en compte les
particularismes locaux. Si on applique cette directive telle qu’on nous
l’impose, nous perdons 10 000 ha de terres cultivables le long des cours d’eau.
Nous demandons que ce soient les départements qui définissent les cours d’eau,
en fonction des réalités du terrain, et que les mesures prises pour les BCAE
soient généralisées.
Une nouvelle fois, le
consommateur pointe le prix trop élevé des fruits et légumes. Pourquoi un tel
ressentiment ? Et comment y remédier ?
Nous allons
sûrement devoir travailler davantage avec la distribution pour une meilleure
mise en valeur des produits en rayon. On ne peut pas dire qu’il y ait
actuellement une vraie politique de vente des produits frais de la part de la
grande distribution. Il va donc falloir y remédier, et donner à nouveau au
consommateur l’envie d’en acheter. Ensuite, nous allons devoir communiquer sur
le fait que l’alimentation n’est pas aussi chère qu’on le laisse penser. Il faut
arrêter de parler de différences de marges et plutôt rappeler que l’alimentation
est d’abord un geste de santé indispensable, contrairement à bien d’autres
dépenses.
La baisse du prix du pétrole
change-t-elle la donne en matière de charges sur les exploitations ?
Il s’agit d’une
consolation, mais il n’y a rien d’extraordinaire. Nous n’avons pas de lisibilité
sur nos marges à moyen terme, puisqu’on ne sait pas dire comment les prix du
fioul, des phytos ou encore du matériel vont évoluer. On ne sait pas non plus
comment vont évoluer nos résultats. Malheureusement, Bruxelles suit le sillon de
l’OMC en prévoyant la fin des mécanismes de régulation des marchés. Nous
souhaitons la mise en place de systèmes fiscaux qui soient adaptés à la
variabilité de nos revenus, avec la possibilité de provisionner des sommes plus
importantes, pour faire face à des coups durs. Nous sommes également favorables
à un système d’assurance pour couvrir les accidents climatiques, comme cela se
fait aux États-Unis.
En matière de sécurisation du
revenu agricole, quelle importance donner à la contractualisation
?
Je ne souhaite pas
remettre en cause la politique contractuelle qui existe entre les industriels et
les groupements de producteurs. En revanche, la FDSEA peut proposer des clés
pour replacer la politique contractuelle dans un contexte économique, de manière
à ce que les agriculteurs aient suffisamment de repères avant de signer et
qu’ils s’y retrouvent en termes de revenu. La contractualisation doit apporter
un plus à l’agriculteur. Dans le cas contraire, elle ne sert à rien.
Dans ce contexte, quel est le
rôle du syndicalisme ?
Son premier rôle
est de porter les problèmes des agriculteurs et d’y apporter des solutions. Cela
passe par un système d’échange, d’écoute et de communication. Il est important
pour cela de pouvoir s’appuyer sur un réseau, avec des personnes responsables à
différents niveaux, porteurs de messages et de leur métier. À partir de là, le
second rôle est d’être une interface efficace entre les agriculteurs, le monde
économique et la société. Nous avons le devoir de défendre la juste
reconnaissance de l’agriculture dans les filières. Tout en veillant à ce que les
agriculteurs aient suffisamment de marges de manœuvre pour faire leur
métier.
Quelle place, selon vous,
doivent occuper les organisations économiques, privées ou coopératives, dans le
fonctionnement de l’agriculture ?
La place qui est
la leur. C’est-à-dire qu’elles doivent continuer de jouer un rôle dynamique au
sein des filières, de manière à assurer leurs positions et la valorisation des
produits. Mais nous serons vigilants sur le fait que cette recherche de
performances, qui est nécessaire, ne se fasse pas au détriment du revenu des
agriculteurs. Ce que les organisations économiques rendent aux agriculteurs ne
doit pas être la variable d’ajustement de leur résultat. Je suis favorable à des
organisations économiques dynamiques et fortes, avec des agriculteurs qui en
sont les actionnaires. Mais surtout, il faut trouver un compromis pour que
l’investissement soit rémunérateur pour tous.
Comment définiriez-vous les
rapports entre la FDSEA et JA ?
Il existe une
volonté commune entre JA et la FDSEA de porter ensemble les problèmes des
agriculteurs. Les JA ont l’avantage de la jeunesse et ils ont pour eux leur
spontanéité, avec une liberté d’action et de parole dont ils doivent user. La
FDSEA porte les difficultés dans le même sens, mais avec plus de sagesse. Je
pense sincèrement que les deux structures sont complémentaires. Je souhaite aux
JA le meilleur fonctionnement possible. C’est une bonne école pour aborder
d’autres responsabilités professionnelles.
Finalement, comment
décririez-vous le quotidien d’un président de FDSEA ?
La journée
commence par l’organisation du travail sur l’exploitation. Ensuite, on se doit
d’être disponible, sur le qui-vive, pour répondre aux imprévus. La FDSEA doit
rester force de proposition sur de nombreux dossiers, en menant une réflexion
sur le moyen terme. Pour cela, on ne doit pas se laisser empoisonner par les
petites tracasseries du quotidien. Le bureau de la FDSEA a été renouvelé de
manière à rassembler un maximum de compétences pour gérer les gros dossiers. On
a la chance d’avoir une organisation avec des gens compétents, motivés,
regroupés à la Cité de l’Agriculture avec d’autres organismes, ce qui permet des
synergies. Je suis convaincu que nous pouvons compter sur des personnes, les
responsables professionnels comme les administratifs, qui ont envie de
travailler pour que la FDSEA assure au mieux ses missions.
Propos recueillis
par
VINCENT FERMON
Le point
sur les dossiers « locaux »
Outre le rat
musqué, les cygnes, les MAE et la protection des cours d’eau (lire en page 9 du
Syndicat Agricole), la FDSEA du Pas-de-Calais suit de nombreux autres dossiers.
Extraits.
Moisson. « Il est
inquiétant de voir les années se répéter. Une année accidentelle peut se
comprendre, même si cela reste douloureux pour ceux qui la vivent. Le fait
d’avoir des collègues qui n’ont pas encore rentré toute leur récolte est
préoccupant. La récolte qui est perdue est synonyme de perte de revenu parce que
les charges restent les mêmes. L’expérience fait dire que tant que la
moisson n’est pas terminée, on ne peut pas s’avancer sur des bilans. Ensuite,
nous faisons confiance aux organismes stockeurs pour gérer la marchandise et la
mettre en valeur le mieux possible pour répondre aux exigences du marché.
»
Contrôles PAC. « Je n’ai
personnellement pas eu écho de situation fâcheuse pour le moment. Il faut
toutefois être vigilant sur les points de détail, comme l’organisation du local
phytos ou l’identification des bovins, par exemple. Ce sont des petites choses
qui, si on n’y prend pas garde, peuvent nous empoisonner la vie. Le rôle de la
FDSEA est d’accompagner les agriculteurs avant et pendant ces contrôles. La peur
du contrôleur est quelque chose de réel et de frustrant. Pour la FD, participer
aux contrôles permet aussi de dénoncer ce que l’on considère comme des
aberrations. Le système de conditionnalité reste un fardeau et l’on ne peut que
regretter le zèle dont l’administration peut parfois faire
preuve. »
FCO. « Il semblerait
qu’il n’y ait pas de réémergence importante de la maladie cette année dans le
département. Pour autant, la crise n’est pas digérée. Nous veillons à ce que le
réseau de vigilance reste en place. »
Foncier. « C’est
assurément le gros dossier régional. On assiste à une concurrence féroce dans la
consommation du foncier pour le logement, les entreprises, les loisirs, au
détriment des agriculteurs. Pour nous, cette course au foncier est intolérable,
parce qu’elle perturbe le marché. L’activité agricole n’a pas la rentabilité
nécessaire pour concurrencer la surenchère créée par les autres activités (…)
Notre mot d’ordre reste d’éviter le gâchis et la spéculation. Nous ne sommes pas
contre le développement économique et je comprends qu’une entreprise ait besoin
d’espace pour se développer. Mais il ne faut pas sous-estimer le rôle de
l’agriculture. Il faut que les responsables politiques aient une vraie vision de
l’utilisation des sols. »
Retrait des phytos. « La
première inquiétude concerne le non-remplacement de certaines molécules ou leur
remplacement par des produits moins efficaces. En ce qui concerne les petites
cultures, nous demandons à pouvoir bénéficier d’une reconnaissance mutuelle des
produits ; c’est-à-dire de pouvoir utiliser en France les mêmes produits
que ceux qui sont utilisés dans d’autres pays européens et notamment en
Belgique. La seconde inquiétude porte sur le prix des produits, qui risque
d’augmenter étant donné que leur nombre diminue. Enfin, nous demandons une
réelle évaluation de la toxicité des produits que nous utilisons actuellement.
Parce qu’il n’est pas normal qu’on nous reproche aujourd’hui de retrouver des
traces de substances qui ne sont plus utilisées depuis longtemps et de se servir
de cet argument pour interdire certains produits. »