La crise n’est plus supportable : le
prix du porc doit
monter !
La crise porcine a dépassé les limites du
supportable pour les éleveurs. Les prix d'aliments n'ont pas suivi la baisse du
prix des matières premières. Le marché du porc stagne à des niveaux très en
dessous des coûts de production alors que la période est favorable à la
consommation de viande de porc. Or les prix dans les autres bassins européens
sont repartis à la hausse depuis plusieurs semaines au point, qu'une nouvelle
fois, les cours français sont nettement décrochés parmi les autres cours
communautaires. En semaine 23, les éleveurs français touchent 1,45 euros/kg, ils
pourraient livrer à 1,60 à l'export. La FNP (fédération nationale porcine) a
exigé des abatteurs, des transformateurs et distributeurs qu'ils opèrent
d'urgence un rattrapage dès les prochains marchés, pour repositionner le prix de
marché français dans le peloton de tête des prix européens. La survie de la
filière dépend de la solidité du maillon production. A ce titre, la FNP attend
une vraie solidarité des entreprises envers les éleveurs en privilégiant
l'approvisionnement VPF (viande porcine française) tant pour les premiers prix
que pour les marques distributeurs.
C'est pourquoi, les sections porcines des FDSEA et les Jeunes
Agriculteurs du Nord-Pas-de-Calais ont décidé de passer à l'action en allant
demander des comptes aux entreprises de transformation. Ils ont fait le choix de
se rendre chez Jean-Caby dans l'agglomération Lilloise accompagnés de
Jean-Michel Serres, Président de la FNP. Cette entreprise a été rachetée en 2004
par l'américain Smithfield : le champion du bradage, a dénoncé M. Serres
lors de la manifestation. Cette multinationale d'origine américaine est le
premier salaisonnier de France, on sait qu'elle importe du cochon américain. En
effet, les coûts de production plus faibles aux Etats-Unis s'additionnant au
cours avantageux du dollar permettent d'importer du jambon à 1,70 euros le kilo
contre 2,20 euros en France. Il y avait de bonnes raisons de rendre visite à
l'entreprise Lilloise !
Malheureusement, stoppés par un
impressionnant dispositif de police, la centaine de manifestants n'a pu
s'approcher à moins de cent mètres de l'usine. Les éleveurs de porc n'ont pas eu
d'autres solutions que de bloquer le trafic routier avec une quinzaine de
tracteurs de l'Union Agricole de Lille. Seule une petite délégation de 5
personnes a pu pénétrer dans le périmètre pour rencontrer M. Jean-Pierre
DORDAIN, directeur du site, à l'abri dans sa forteresse. Serge SOETE, président
de la section porcine du Nord et membre de la délégation, doute des propos tenu
par le directeur. Ce dernier a affirmé que 68 % de ses approvisionnements
étaient d'origine française, le reste étant d'origine européenne. Mais où est
donc le jambon américain ? Les Bretons qui ont manifesté à Landivisiau la
semaine dernière avaient pourtant prévenus qu'on en trouverait à Lille. Le
directeur a déclaré que l'usine Jean Caby de Saint-André-lez-Lille est en
difficulté, elle a perdu 20 millions d'euros en 2007. Comment peut-il en être
autrement lorsqu'on commercialise la totalité de son jambon cuit en marque de
distributeur avec peu de valeur ajoutée, à la merci de la grande
surface ?
Les éleveurs de porc français font
preuve de détermination. D'autres actions ont déjà eu lieu à Limoges, chez
Madrange, et dans le Finistère. Tant que le cadran breton n'aura pas rejoint le
peloton de tête des prix européens, les entreprises de salaison doivent
s'attendre à d'autres actions.
Bertrand Follet, FDSEA
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