4/6/2008
  Le 2 juin, les éleveurs de porc ont manifesté chez Jean Caby

La crise porcine a dépassé les limites du supportable pour les éleveurs. Les prix d’aliments n’ont pas suivi la baisse du prix des matières premières. Le marché du porc stagne à des niveaux très en dessous des coûts de production alors que la période est favorable à la consommation de viande de porc.

La crise n’est plus supportable : le prix du porc doit monter !

La crise porcine a dépassé les limites du supportable pour les éleveurs. Les prix d'aliments n'ont pas suivi la baisse du prix des matières premières. Le marché du porc stagne à des niveaux très en dessous des coûts de production alors que la période est favorable à la consommation de viande de porc. Or les prix dans les autres bassins européens sont repartis à la hausse depuis plusieurs semaines au point, qu'une nouvelle fois, les cours français sont nettement décrochés parmi les autres cours communautaires. En semaine 23, les éleveurs français touchent 1,45 euros/kg, ils pourraient livrer à 1,60 à l'export. La FNP (fédération nationale porcine) a exigé des abatteurs, des transformateurs et distributeurs qu'ils opèrent d'urgence un rattrapage dès les prochains marchés, pour repositionner le prix de marché français dans le peloton de tête des prix européens. La survie de la filière dépend de la solidité du maillon production. A ce titre, la FNP attend une vraie solidarité des entreprises envers les éleveurs en privilégiant l'approvisionnement VPF (viande porcine française) tant pour les premiers prix que pour les marques distributeurs.

C'est pourquoi, les sections porcines des FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Nord-Pas-de-Calais ont décidé de passer à l'action en allant demander des comptes aux entreprises de transformation. Ils ont fait le choix de se rendre chez Jean-Caby dans l'agglomération Lilloise accompagnés de Jean-Michel Serres, Président de la FNP. Cette entreprise a été rachetée en 2004 par l'américain Smithfield : le champion du bradage, a dénoncé M. Serres lors de la manifestation. Cette multinationale d'origine américaine est le premier salaisonnier de France, on sait qu'elle importe du cochon américain. En effet, les coûts de production plus faibles aux Etats-Unis s'additionnant au cours avantageux du dollar permettent d'importer du jambon à 1,70 euros le kilo contre 2,20 euros en France. Il y avait de bonnes raisons de rendre visite à l'entreprise Lilloise !

Malheureusement, stoppés par un impressionnant dispositif de police, la centaine de manifestants n'a pu s'approcher à moins de cent mètres de l'usine. Les éleveurs de porc n'ont pas eu d'autres solutions que de bloquer le trafic routier avec une quinzaine de tracteurs de l'Union Agricole de Lille. Seule une petite délégation de 5 personnes a pu pénétrer dans le périmètre pour rencontrer M. Jean-Pierre DORDAIN, directeur du site, à l'abri dans sa forteresse. Serge SOETE, président de la section porcine du Nord et membre de la délégation, doute des propos tenu par le directeur. Ce dernier a affirmé que 68 % de ses approvisionnements étaient d'origine française, le reste étant d'origine européenne. Mais où est donc le jambon américain ? Les Bretons qui ont manifesté à Landivisiau la semaine dernière avaient pourtant prévenus qu'on en trouverait à Lille. Le directeur a déclaré que l'usine Jean Caby de Saint-André-lez-Lille est en difficulté, elle a perdu 20 millions d'euros en 2007. Comment peut-il en être autrement lorsqu'on commercialise la totalité de son jambon cuit en marque de distributeur avec peu de valeur ajoutée, à la merci de la grande surface ?

Les éleveurs de porc français font preuve de détermination. D'autres actions ont déjà eu lieu à Limoges, chez Madrange, et dans le Finistère. Tant que le cadran breton n'aura pas rejoint le peloton de tête des prix européens, les entreprises de salaison doivent s'attendre à d'autres actions.

Bertrand Follet, FDSEA 59


Auteur : FDSEA 59